La Sambre, le transport fluvial, ses péniches et ses chantiers navals ont été, par le passé, le fleuron de la région, important aspect économique qui a forgé l’identité de la petite ville de Thuin. La richesse poussiéreuse des sous-sols belges transitait par bateau en bois au début du siècle, puis en métal, avant de prendre la direction des métropoles françaises et leurs environs.  Avec les changements techniques et technologiques, le transport par route a détrôné le transport fluvial. Les péniches peu à peu délaissées, les bateliers ont dû mettre le pied à terre définitivement et la ville de Thuin a vu son identité changer.

Intitulée Spits, l’installation de Pauline Debrichy réinterprète les structures construites lors de la confection de barges en bois. Les dimensions et l’emplacement de ces dernières réfèrent directement à l’histoire de Thuin. Située sur l’ancien chantier naval Michot (en activité entre 1880-2003), plus précisément sur l’emplacement de l’ancienne Halle d’assemblage du chantier, cette structure reprend exactement les dimensions d’une péniche en bois dite « pointue », « spits » en néerlandais ou bien appelée « péniche flamande » en France.

Seule la structure représentant les échafaudages est présente, rappelant l’absence du bateau et de la vie économique et sociale qu’il générait. La construction en bois rudimentaire s’inspire de cette esthétique où le fonctionnel et le robuste règnent. La répétition des pieds, leur nombre et leur simplicité suggèrent modestement le côté monumental des péniches mises sur cales.

Visible depuis le halage, le pont du chemin de fer mais aussi depuis les hauteurs de la ville, l’œuvre de Pauline Debrichy attire le regard aussi bien des amoureux de l’art que des passants et riverains. Le terrain, laissé à l’abandon est en attente de dépollution depuis plusieurs années et a été réinvesti par la nature. Spits vient s’intégrer dans ce paysage, lui redonnant une vie humaine avant une reconversion encore incertaine.

Arts actuels en terre médiévale